Pays du Forez
Le Forez · 09 Aug 2026 · 29 min de lecture

Les spécialités gourmandes du Forez : rissoles, râpée, patranque et autres plats traditionnels de la Loire

F
Fred
Rédacteur
Les spécialités gourmandes du Forez : rissoles, râpée, patranque et autres plats traditionnels de la Loire

Il y a des territoires qui se racontent par leurs paysages. Le Forez, lui, se raconte d'abord par ce qu'on met dans l'assiette. Entre la plaine traversée par la Loire et les hauteurs des monts qui filent vers l'Auvergne, une cuisine s'est construite avec trois fois rien : des pommes de terre, du lait, du pain rassis, un peu de seigle. Et pourtant, ce trois fois rien a donné des plats qui tiennent encore debout aujourd'hui, dans les fêtes de village comme sur les cartes de quelques restaurants qui refusent de céder à la mode du moment.

Rissoles, râpée, patranque. Trois noms qui ne disent rien à un Parisien et tout à un Montbrisonnais. On va voir pourquoi.

Le Forez, un terroir façonné par la plaine, les monts et la pomme de terre

Les spécialités gourmandes du Forez : rissoles, râpée, patranque et autres plats traditionnels de la Loire

Une géographie qui explique la cuisine : plaine du Forez, monts du Forez, Haut-Forez

Le Forez, ce n'est pas un bloc homogène. C'est au moins trois pays qui se regardent.

La plaine d'abord, cette large cuvette alluviale où la Loire prend ses aises entre Feurs et Balbigny. Terres lourdes, étangs partout, une agriculture de céréales et d'élevage bovin. C'est le pays des potées, des plats qui mijotent, des tables généreuses. Ensuite les monts du Forez, qui montent doucement puis franchement, jusqu'aux Hautes-Chaumes autour de Pierre-sur-Haute, à plus de 1 600 mètres. Là-haut, l'herbe est rase, le vent souffle, et pendant des siècles on y a monté les vaches l'été. Enfin le Haut-Forez, ces communes accrochées entre 700 et 1 000 mètres où l'hiver dure longtemps et où la pomme de terre a remplacé à peu près tout le reste.

Ce relief, il a tout dicté. Dans la plaine, on cuisinait ce qui poussait bien et ce qui se conservait. En altitude, on cuisinait ce qui survivait au froid et ce que donnaient les bêtes. La différence se sent encore dans les recettes de famille, d'un versant à l'autre.

Le triangle Montbrison – Feurs – Boën, cœur historique des tables foréziennes

Si l'on devait planter trois punaises sur une carte pour délimiter le berceau de cette cuisine, ce serait celles-là.

Montbrison, ancienne capitale du comté de Forez, sa halle, sa fourme, son marché du samedi matin qui vaut le déplacement rien que pour l'ambiance. Feurs, dans la plaine, ville de foires et de bestiaux depuis l'époque romaine, où l'on venait vendre, acheter, et surtout manger après avoir conclu l'affaire. Boën-sur-Lignon enfin, à la charnière entre plaine et montagne, porte d'entrée vers les monts et vers le vignoble.

Entre ces trois points, les recettes circulaient. Une famille de Sauvain ne faisait pas exactement la même râpée qu'une famille de Chalain-le-Comtal, mais elles se comprenaient. C'est cette proximité dans la variation qui donne au Forez sa cohérence culinaire.

Trois piliers du garde-manger local : la pomme de terre, le lait cru des estives, le seigle

La pomme de terre arrive tardivement dans le paysage, comme partout en France, mais elle s'impose vite dans les zones de montagne où le blé refuse de mûrir. Au XIXe siècle, elle devient l'aliment central. On la mange bouillie, écrasée, râpée, en gratin, en tourte. Elle nourrit les hommes et les cochons. Sans elle, ni râpée ni pâté aux pommes de terre.

Le lait cru vient des estives. L'été, les vaches montent sur les Hautes-Chaumes et les femmes montaient avec elles, dans ces cabanes de pierre et de chaume qu'on appelle des jasseries. Elles y transformaient le lait sur place, parce que redescendre chaque jour n'avait aucun sens. De ce travail sont nées la fourme et le sarasson.

Le seigle, enfin. Céréale de pauvre, dit-on souvent, mais céréale de survie surtout : il pousse là où le blé échoue. Le pain de seigle, dense et acide, se gardait des semaines. Et quand il devenait trop dur, on ne le jetait pas. Jamais. On en faisait de la patranque.

Une cuisine de subsistance devenue patrimoine : ce que les jasseries ont légué aux assiettes d'aujourd'hui

Voilà le point qui mérite qu'on s'y arrête. Aucun de ces plats n'a été inventé pour faire plaisir. Ils ont été inventés pour tenir.

Tenir l'hiver, tenir la journée de fauche, tenir jusqu'à la prochaine récolte. La patranque, c'est du pain qu'on aurait jeté ailleurs. La râpée, c'est de la pomme de terre étirée avec un œuf et une poignée de farine pour nourrir six personnes. La rissole, c'est un fond de compote enfermé dans un reste de pâte.

Puis quelque chose s'est produit. La contrainte a disparu, les plats sont restés. Et ils sont devenus autre chose : un signe d'appartenance. Aujourd'hui, quand une famille du Forez fait des rissoles à Noël, elle ne cherche pas à économiser. Elle continue une histoire. Ce basculement du besoin vers le symbole, c'est exactement ce qui fait qu'une recette devient un patrimoine.

Les rissoles foréziennes : le chausson qui traverse les générations

Les spécialités gourmandes du Forez : rissoles, râpée, patranque et autres plats traditionnels de la Loire

Ce qu'est une vraie rissole du Forez et ce qu'elle n'est pas

Attention au piège du mot. « Rissole » désigne des choses très différentes selon l'endroit où l'on se trouve. Au Portugal, c'est un beignet frit à la viande. En Savoie, on trouve aussi des rissoles, cousines mais pas jumelles. Et dans certains livres de cuisine ancienne, le terme désigne n'importe quelle petite préparation frite.

La rissole forézienne, c'est un chausson. Pâte brisée ou pâte feuilletée selon les maisons, garniture enfermée dedans, bords soudés, le tout cuit au four. Pas de friture. Sa forme est généralement un demi-cercle ou un rectangle, taille d'une paume de main, parfois plus petite quand on la sert en bouchée.

Ce qu'elle n'est pas : un feuilleté industriel à la compote. La différence tient à la garniture, qui doit être suffisamment consistante pour ne pas détremper la pâte, et à la pâte elle-même, qui doit être beurrée sans être écœurante. Un équilibre plus délicat qu'il n'y paraît.

Rissole sucrée aux poires ou aux pommes, rissole salée : les deux écoles

La version sucrée domine largement. Poires cuites, souvent des poires à cuire d'ancienne variété, réduites en compotée épaisse avec du sucre et parfois un trait de vin ou d'eau-de-vie. Les pommes fonctionnent aussi, et certaines familles mélangent les deux. On croise également des rissoles au potiron sucré, plus rares, plutôt vers les monts.

La version salée existe, ne l'oublions pas, même si elle a reculé. Garniture de viande hachée, parfois de restes de pot-au-feu relevés d'oignon et de persil. Elle se mangeait en repas, pas en dessert.

Quelle est la bonne ? Aucune. C'est le genre de débat qui anime un repas de famille pendant vingt minutes et qui ne se conclut jamais. Chacun défend celle de sa grand-mère, et il a raison.

La pâte, le tour de main, la dorure : les détails qui font la différence

Trois choses comptent vraiment.

La pâte doit être froide au moment du façonnage. Une pâte tiède colle, se déchire, et la garniture s'échappe à la cuisson. On la sort du réfrigérateur, on l'étale vite, on garnit vite. Si l'atelier chauffe, on remet le plateau au frais dix minutes avant d'enfourner.

La soudure des bords se fait à l'eau ou au jaune d'œuf, en pressant fermement, puis en marquant à la fourchette. Un chausson mal soudé s'ouvre. Toujours. Et une garniture qui coule sur la plaque, ça brûle et ça sent le sucre cramé dans toute la cuisine.

La dorure enfin : jaune d'œuf battu avec une cuillère de lait ou de crème, passée au pinceau juste avant le four. Certains font une deuxième passe à mi-cuisson pour un brillant plus profond. Et une petite cheminée au centre, ou deux coups de couteau, pour que la vapeur s'échappe. Détail bête, effet garanti.

Quand la manger : Noël, foires, marchés de Montbrison et boulangeries de village

La rissole est un marqueur de fête. Elle sort à Noël, à la Toussaint dans certaines familles, aux communions, aux mariages d'autrefois. On en préparait des dizaines d'un coup, en atelier collectif, les femmes autour de la table et les enfants chargés de souder les bords, plus ou moins bien.

Elle apparaît aussi lors des foires et des fêtes de village, où un stand en propose au détail. Sur le marché de Montbrison, le samedi, plusieurs boulangers en présentent selon la saison. Et dans les boulangeries de village des monts, elle figure souvent en permanence, discrète, entre les tartes et les brioches.

Où en acheter aujourd'hui dans la Loire

Le réflexe le plus sûr reste la boulangerie artisanale de village, entre Montbrison, Boën, Saint-Bonnet-le-Château et Sauvain. Demander simplement : ils savent, et ils diront s'ils en font ou pas, et quel jour.

Les marchés hebdomadaires sont l'autre bonne piste, en particulier ceux de Montbrison et de Saint-Just-Saint-Rambert. Enfin, les fêtes de terroir et les foires d'automne concentrent les producteurs et les pâtissiers locaux : c'est là qu'on trouve les versions les plus proches de la tradition, parce que le public sait exactement ce qu'il attend et le fait savoir.

La râpée forézienne : la galette de pomme de terre emblématique

Les spécialités gourmandes du Forez : rissoles, râpée, patranque et autres plats traditionnels de la Loire

Râpée, criques, truffade : démêler les confusions entre spécialités voisines

Voilà un terrain miné où beaucoup se trompent, y compris des cartes de restaurants.

La râpée forézienne est une galette de pomme de terre crue râpée, cuite à la poêle, dorée des deux côtés. Elle est fine ou moyennement épaisse, croustillante dehors, moelleuse dedans.

La crique ardéchoise, c'est presque la même chose. Presque. Même principe, même famille, avec une identité territoriale différente et souvent une tradition d'ail et de persil plus marquée. Les puristes des deux camps expliqueront qu'il y a un monde entre les deux ; un observateur extérieur verra surtout deux cousines germaines.

La truffade, en revanche, n'a rien à voir. Elle vient d'Auvergne, se prépare avec des pommes de terre en morceaux ou en lamelles, cuites à la graisse, puis liées avec de la tomme fraîche jusqu'à obtenir une masse filante. Il n'y a pas de râpage, et surtout il y a du fromage. Confondre râpée et truffade, c'est confondre une galette et un gratin.

Quant au pâté aux pommes de terre, c'est encore autre chose : une tourte, on y revient plus bas.

La recette de base et les variantes de famille (œuf ou pas, farine ou pas, ail et persil)

La base est d'une simplicité désarmante : des pommes de terre crues râpées, du sel, du poivre, une matière grasse pour la cuisson. Point.

Ensuite commencent les variantes, et elles sont sérieuses.

L'œuf : il lie, il assouplit, il rend la galette plus tendre. Certains n'en mettent jamais et obtiennent une râpée plus rustique, qui tient par l'amidon seul. Un œuf pour un kilo de pommes de terre est une proportion courante ; deux, et l'on glisse vers l'omelette.

La farine : une cuillère à soupe ou deux, guère plus, pour absorber l'humidité résiduelle. Beaucoup de familles s'en passent. Trop de farine, et la galette devient pâteuse, lourde, avec ce goût de cru qui gâche tout.

L'ail et le persil : présents dans une bonne moitié des recettes, absents dans l'autre. Ceux qui en mettent trouvent la version nature fade ; ceux qui n'en mettent pas trouvent l'autre trop parfumée pour un plat qui doit sentir la pomme de terre. Ajoutons l'oignon râpé, que certains glissent discrètement, et le débat est complet.

Le geste décisif : râper, essorer, saisir à la poêle

Tout se joue là. Une râpée ratée est presque toujours une râpée mal essorée.

Râper : grille moyenne plutôt que fine. Trop fin, la pomme de terre rend son eau et se transforme en purée. Trop gros, la galette ne se tient pas et reste crue au centre. La râpe à main donne de meilleurs résultats que le robot, qui écrase et chauffe.

Essorer : c'est l'étape que tout le monde bâcle. On presse la pomme de terre râpée dans un torchon propre, fermement, plusieurs fois. La quantité d'eau qui sort surprend toujours. Un détail que peu connaissent : laisser reposer cette eau deux minutes, jeter le liquide et récupérer l'amidon blanc déposé au fond pour le remettre dans la préparation. Il lie mieux que n'importe quelle farine.

Saisir : poêle bien chaude, matière grasse généreuse. Traditionnellement de la graisse de porc ou du saindoux, aujourd'hui souvent un mélange huile-beurre. On étale, on tasse légèrement, et on ne touche plus. Le retournement se fait quand les bords sont franchement dorés, à l'aide d'une assiette si la galette est large. Feu moyen ensuite, pour cuire le cœur sans brûler la croûte.

Combien de temps ? Sept à dix minutes par face pour une galette d'un centimètre. Mais franchement, c'est la couleur qui commande, pas la montre.

Les accords qui fonctionnent : salade, charcuterie, fourme, viande en sauce

La râpée n'est pas un plat autonome, ou rarement. Elle accompagne.

Avec une salade verte bien vinaigrée, c'est le classique du soir, l'acidité coupant le gras de la cuisson. Avec de la charcuterie du pays, jambon sec, rosette, saucisson à cuire, c'est le repas de midi qui cale pour l'après-midi. Avec un morceau de fourme de Montbrison posé dessus à la sortie de la poêle, qui commence tout juste à fondre, c'est la version la plus forézienne qui soit.

Et en accompagnement d'une viande en sauce, daube, civet, joue de bœuf, elle remplace avantageusement les pâtes ou les pommes vapeur. Sa croûte accroche le jus. C'est bête à dire, mais ça change tout.

La râpée dans les fêtes de village et les repas de conscrits

Il faut avoir vu ça au moins une fois : une immense poêle posée sur un réchaud à gaz, deux personnes qui retournent une galette de cinquante centimètres à l'aide de planches, et une file d'attente qui s'allonge.

Dans le Forez, la râpée est un plat de rassemblement. Fêtes patronales, vogues, repas de conscrits, comités des fêtes : elle se cuisine en quantité, sur place, devant tout le monde. Le spectacle fait partie du plat. Les enfants regardent, les anciens commentent la technique de celui qui tient la poêle, quelqu'un finit toujours par dire que sa mère la faisait mieux.

C'est aussi ça, une spécialité vivante : un plat qu'on ne se contente pas de manger, mais autour duquel on se tient debout à discuter.

La patranque : le plat oublié qu'il faut réhabiliter

Origine et définition : pain rassis, tomme fraîche, beurre

La patranque, c'est l'anti-gaspillage avant l'heure, et c'est délicieux.

Le principe : du pain rassis, coupé ou émietté, ramolli avec un peu de lait ou d'eau, réchauffé à la poêle dans du beurre, puis lié avec de la tomme fraîche jusqu'à ce que l'ensemble file et devienne une masse homogène, dorée par endroits. On sale, on poivre, et c'est prêt.

Le nom se retrouve dans plusieurs zones du Massif central avec des variantes d'orthographe et de préparation. Dans le Forez et sur les marges auvergnates, la recette tourne autour de ce trio : pain, tomme, beurre. Certaines versions ajoutent de l'ail frotté ou écrasé, d'autres un peu de crème.

Un plat de fin de mois, de fin de semaine, de fin de miche. Rien de noble sur le papier. Et pourtant.

Patranque, pâté aux pommes de terre, aligot : les frontières entre Forez, Auvergne et Velay

Le Massif central est un continuum, et les recettes ne s'arrêtent pas aux limites administratives. D'où les confusions.

L'aligot, c'est de la purée de pomme de terre travaillée avec de la tomme fraîche jusqu'à devenir élastique. Aubrac, Aveyron, Cantal. Base : pomme de terre.

La patranque, c'est le même geste de filage, mais sur une base de pain. C'est là toute la différence, et elle est de taille : la texture est plus rustique, moins lisse, avec des morceaux, et le goût est franchement céréalier, surtout avec du pain de seigle.

Le pâté aux pommes de terre, lui, est une tourte : deux abaisses de pâte, des pommes de terre en lamelles, de la crème ajoutée en fin de cuisson. Rien à voir techniquement, même s'il partage le même garde-manger.

Ces trois plats se croisent sur les cartes des fermes-auberges entre Forez, Livradois et Velay. Les trouver ensemble n'a rien d'incohérent : ce sont trois réponses différentes à la même question, comment nourrir du monde avec peu.

Réussir sa patranque : le choix de la tomme, la température, le filage du fromage

Le premier écueil, c'est le fromage. Il faut de la tomme fraîche, celle qui sert à l'aligot, jeune, blanche, encore un peu grinçante sous la dent. Pas une tomme de Savoie affinée, qui n'a de commun que le nom et qui ne filera jamais. On la trouve chez les fromagers, sur les marchés, et de plus en plus en rayon coupe des supermarchés du secteur.

Le deuxième écueil, c'est la chaleur. Trop chaud, la tomme se sépare et rend son gras, on obtient une flaque grasse avec des filaments caoutchouteux. Il faut un feu doux au moment d'incorporer le fromage, et travailler à la spatule en bois, sans s'arrêter.

Le troisième, c'est le pain. Trop sec, il reste dur ; trop mouillé, la patranque devient une bouillie. Il doit être humidifié juste assez pour redevenir souple, pas détrempé. On l'arrose, on attend, on presse légèrement s'il a trop bu.

Le signe que c'est réussi ? Quand on soulève la spatule et que la masse suit en un long ruban qui ne casse pas tout de suite.

Pourquoi ce plat a presque disparu des cartes et comment il revient

Plusieurs raisons se cumulent, et aucune n'est très glorieuse.

D'abord, l'image. Un plat de pain rassis, dans une France d'après-guerre pressée d'oublier les privations, ça ne se vendait pas. On préférait montrer qu'on pouvait manger de la viande. Ensuite, la logistique du restaurant : la patranque se prépare à la minute, ne se tient pas au chaud, ne se réchauffe pas correctement. Un cauchemar pour un service de cinquante couverts.

Enfin, la transmission s'est cassée. Ce n'était pas un plat de fête, donc il n'a pas été protégé par le rituel comme les rissoles de Noël. Il a simplement cessé d'être fait quand le pain a cessé d'être rassis, parce qu'on en rachetait tous les jours.

Le retour vient d'ailleurs : de la sensibilité actuelle au gaspillage alimentaire, du goût pour les cuisines paysannes, du travail de quelques restaurateurs et associations locales qui remettent ces recettes au menu. Quelques fermes-auberges des monts la proposent à nouveau. Il faut demander, souvent. Elle n'est pas toujours écrite sur l'ardoise.

Les autres trésors de la table forézienne

La fourme de Montbrison AOP : histoire, fabrication, croûte orangée

Le fleuron, sans discussion. La fourme de Montbrison bénéficie d'une AOC depuis 1972, partagée à l'origine avec la fourme d'Ambert, puis séparée en 2002 pour reconnaître deux produits réellement distincts.

C'est un bleu de lait de vache, en forme de cylindre haut d'une vingtaine de centimètres. Sa signature : une croûte orangée, obtenue traditionnellement par un ressuyage sur des gouttières en bois d'épicéa, et une pâte plus sèche, plus ferme, moins salée que sa voisine ambertoise. Le persillage est fin, régulier, discret.

Le goût ? Doux pour un bleu. C'est ce qui surprend les gens habitués aux fromages persillés puissants. On sent la crème, une pointe de noisette, une amertume très légère en finale. Elle convertit les réfractaires au bleu, ce qui n'est pas rien.

À table, elle se mange nature avec du pain de seigle, elle fond dans une râpée, elle relève une sauce pour viande blanche, et elle tient très bien dans une salade avec des noix.

La barboton et les potées de la plaine

Le barboton, ou la barboton selon les endroits, appartient à cette catégorie de plats mijotés qu'on ne trouve jamais deux fois identiques.

La trame : de l'agneau ou du mouton, des pommes de terre, des carottes, des oignons, un bouillon parfumé, une cuisson longue à petit feu. Tout finit par se confondre, les légumes s'écrasent un peu, la sauce épaissit d'elle-même. C'est un plat d'hiver, de dimanche, de grande tablée.

Dans la plaine, on trouve aussi les potées classiques : lard, saucisses, chou, navets, pommes de terre. Rien de spécifiquement forézien dans le principe, mais une constante locale, la générosité de la portion. Il en reste toujours pour le lendemain, et beaucoup diront que c'est meilleur réchauffé. Ils ont raison.

Le pâté aux pommes de terre et les tourtes du dimanche

Une abaisse de pâte au fond, des pommes de terre coupées en fines lamelles crues, salées, poivrées, parfois de l'ail et du persil, une deuxième abaisse dessus, une cheminée au centre. Au four, une heure environ.

Le geste qui fait le plat arrive à la fin : on soulève le chapeau, on verse de la crème fraîche épaisse, on referme, et on laisse reposer dix minutes. La crème s'infiltre entre les lamelles et lie l'ensemble.

C'est un plat frontalier, revendiqué par l'Auvergne, le Bourbonnais et le Forez avec une belle mauvaise foi de part et d'autre. Il figure dans les repas de famille, les buffets de fête, et se mange aussi bien chaud que tiède. Certains y ajoutent du lard, ce qui est bon mais s'éloigne de la version originelle.

La bugne forézienne et les beignets de carnaval

Territoire lyonnais et stéphanois oblige, la bugne règne sur le Forez au moment du carnaval et du Mardi gras.

Deux écoles s'affrontent, ici comme ailleurs dans le Rhône et la Loire. La bugne fine et croustillante, étalée très mince, frite quelques secondes, cassante comme une feuille. Et la bugne moelleuse, plus épaisse, levée, qui gonfle à la friture et reste tendre au cœur. Les partisans de chaque camp ne se parlent pas, ou alors avec condescendance.

Parfum classique : zeste de citron ou d'orange, fleur d'oranger, parfois un trait de rhum. Sucre glace généreux à la sortie. Et le conseil que tout le monde donne et que personne ne suit : les manger tièdes, le jour même.

Le sarasson et les fromages frais des jasseries

Le sarasson est une petite merveille méconnue, née directement du travail dans les jasseries.

C'est ce qui reste quand on a fait le beurre et le fromage : du petit-lait, ou plus exactement le caillé maigre obtenu après écrémage. On l'égoutte, on le travaille avec des herbes fraîches, ciboulette, persil, ail, échalote, un peu de sel et de poivre, parfois une pointe de crème pour l'assouplir.

Le résultat est un fromage frais acidulé, très peu gras, qu'on tartine sur du pain de seigle ou qu'on sert avec des pommes de terre en robe des champs. Servi frais, avec un verre de blanc, c'est l'entrée forézienne par excellence, et à peu près personne ne la connaît hors du département.

On le trouve chez quelques producteurs des monts et sur les marchés, en saison. Il ne se garde pas longtemps, ce qui explique aussi sa discrétion commerciale.

Les charcuteries : jambon sec des monts, saucisson à cuire, andouille

Pays d'élevage et de montagne, donc pays de cochon. Le salage et le séchage y ont toujours été une nécessité avant d'être un savoir-faire.

Le jambon sec des monts du Forez sèche lentement, à l'air frais, souvent une année ou davantage. Chair sombre, gras jaune, goût prononcé. Rien à voir avec un jambon industriel de six mois.

Le saucisson à cuire accompagne la râpée et les potées, avec ou sans pistaches selon les charcutiers. Et l'andouille locale, différente de sa cousine bretonne, se mange tiède ou froide, en entrée.

Un conseil pratique : les charcutiers de village entre Saint-Bonnet-le-Château, Usson-en-Forez et Sauvain méritent le détour. On y trouve encore des produits fermiers, avec le nom de l'éleveur, ce qui devient rare.

Les côtes du Forez AOC pour accompagner tout cela

Le vignoble s'étire sur les coteaux à l'ouest de la plaine, entre Boën et Marcilly-le-Châtel, sur des sols volcaniques et granitiques. AOC depuis 2000, après des décennies de reconnaissance progressive.

Un cépage domine largement : le gamay. Il donne ici des rouges légers à moyennement structurés, fruités, sur la cerise et la framboise, avec une belle fraîcheur et des tanins souples. Les rosés sont vifs, secs, parfaits l'été.

Ce sont des vins de repas, pas des vins de garde interminable. À boire dans les trois ou quatre ans, légèrement rafraîchis pour les rouges, autour de 14 ou 15 degrés. Ils tiennent tête à la charcuterie, accompagnent la râpée sans l'écraser, et se débrouillent même avec la fourme, ce qui n'est pas donné à tous les rouges.

La cave coopérative et une poignée de vignerons indépendants assurent la production. Les volumes sont modestes, la distribution reste très locale. Autant dire qu'il faut venir sur place.

Cuisiner forézien chez soi : matières premières, saisons et bonnes adresses

Choisir ses pommes de terre : les variétés qui tiennent, celles qui farinent

Question centrale, et souvent mal traitée dans les recettes qui écrivent simplement « pommes de terre ».

Pour la râpée, il faut une variété à chair ferme ou à tout le moins polyvalente, riche en amidon mais qui ne se délite pas. Charlotte, Monalisa, Agata font l'affaire. La Bintje, très farineuse, donne une galette qui s'effondre, même si certains l'utilisent en acceptant une texture plus fondante. À éviter absolument : les variétés à salade très fermes comme la Ratte, qui restent croquantes et refusent de se lier.

Pour le pâté aux pommes de terre, on cherche l'inverse : une chair qui s'attendrit bien et absorbe la crème. Une variété polyvalente ou légèrement farineuse convient mieux.

Pour la patranque, la question ne se pose pas, il n'y en a pas. Erreur fréquente, d'ailleurs : beaucoup confondent et en ajoutent.

Un dernier point : les pommes de terre nouvelles, gorgées d'eau et pauvres en amidon, ne conviennent à aucun de ces plats. On les réserve à la poêle ou à la vapeur.

Trouver la vraie tomme fraîche et la fourme fermière

La tomme fraîche se trouve chez les fromagers du secteur, sur les marchés, et dans les rayons coupe des supermarchés de la Loire, du Puy-de-Dôme et du Cantal. Elle doit être blanche, souple, avec cette texture légèrement caoutchouteuse caractéristique. Elle ne se garde que quelques jours et perd sa capacité à filer en vieillissant. Autrement dit, on l'achète pour le jour même ou le lendemain.

Pour la fourme de Montbrison, la mention AOP est le minimum. Au-delà, chercher les productions fermières, faites au lait cru d'un seul troupeau, dont le goût varie selon la saison et l'alimentation des bêtes. Une fourme d'été, faite avec du lait d'herbe, n'a pas le même caractère qu'une fourme d'hiver.

Où ? Chez les producteurs directement, dans les fromageries de Montbrison et de Sauvain, et sur les marchés. Un fromager qui sait vous dire de quelle ferme vient sa fourme est bon signe.

Le calendrier gourmand : marchés, foires et fêtes de la Loire à ne pas manquer

Le marché de Montbrison, le samedi matin sous la halle et dans les rues alentour, reste le rendez-vous de référence. Fromages, charcuteries, légumes, pâtisseries locales : on y fait ses courses foréziennes en une matinée.

La Fête de la Fourme et des Côtes du Forez, à Montbrison à l'automne, réunit producteurs, confréries et animations autour des deux emblèmes locaux. C'est bruyant, populaire, et l'endroit idéal pour goûter comparativement plusieurs fourmes.

S'ajoutent les foires agricoles, les vogues de village de l'été, les marchés de producteurs nocturnes en juillet et août, et les marchés de Noël où les rissoles font leur retour annuel. Les dates bougent d'une année sur l'autre : vérifier auprès des offices de tourisme du Forez avant de se déplacer.

Producteurs, fermes-auberges et restaurants de terroir entre Montbrison et Ambert

La route qui monte de Montbrison vers les Hautes-Chaumes puis redescend sur Ambert traverse le cœur du sujet. Col des Supeyres, Sauvain, Job, Valcivières : c'est là que se concentrent les jasseries restaurées, les fermes-auberges et les producteurs fermiers.

Plusieurs jasseries ont été aménagées en lieux de visite ou en tables d'hôtes, permettant de comprendre le lien direct entre le lieu de production et l'assiette. Les fermes-auberges des monts proposent des menus complets qui reprennent souvent l'enchaînement classique : sarasson ou charcuterie, plat de pomme de terre, fourme, dessert maison.

Conseil pratique, et il vaut mieux le suivre : réserver. Ces établissements sont petits, ouverts de façon saisonnière, et parfois fermés en semaine hors saison. Arriver à l'improviste un mardi de novembre, c'est repartir le ventre vide.

Trois recettes pas à pas pour se lancer

Rissoles aux poires du Forez (temps, ingrédients, étapes, erreurs à éviter)

Pour environ 12 rissoles. Préparation 40 minutes, repos 1 heure, cuisson 25 minutes.

Ingrédients : 500 g de farine, 250 g de beurre froid, 1 œuf, 10 cl d'eau froide, 1 pincée de sel pour la pâte. Pour la garniture : 1 kg de poires à cuire, 100 g de sucre, 1 cuillère à soupe de jus de citron, éventuellement 1 cuillère à soupe d'eau-de-vie de poire. Plus 1 jaune d'œuf et un peu de lait pour la dorure.

Préparer la garniture en premier, car elle doit refroidir complètement. Éplucher les poires, les couper en petits dés, les cuire à feu moyen avec le sucre et le citron pendant 25 à 35 minutes, en remuant régulièrement. Le mélange doit devenir épais, presque compact, sans eau libre au fond de la casserole. Ajouter l'alcool en fin de cuisson si l'on en met. Laisser refroidir, idéalement plusieurs heures au réfrigérateur.

Pour la pâte, sabler la farine avec le beurre froid coupé en dés, du bout des doigts, jusqu'à obtenir une texture de gros sable. Ajouter le sel, l'œuf, puis l'eau progressivement. Rassembler sans pétrir. Filmer, réfrigérer une heure minimum.

Étaler la pâte sur 3 mm environ. Découper des cercles de 10 à 12 cm. Déposer une bonne cuillère de garniture froide au centre, humidifier le bord au pinceau, replier en demi-lune, souder en pressant, puis marquer à la fourchette. Poser sur une plaque garnie de papier cuisson.

Dorer au jaune d'œuf battu avec un peu de lait. Percer une petite cheminée. Enfourner à 200 °C pendant 20 à 25 minutes, jusqu'à ce que le dessus soit franchement doré.

Les erreurs classiques : une garniture encore tiède, qui ramollit la pâte et fait tout couler ; trop de garniture, tentation permanente et cause numéro un des débordements ; une pâte trop épaisse, qui donne une rissole lourde ; un four trop doux, qui cuit sans colorer.

Râpée forézienne à la poêle

Pour 4 personnes. Préparation 20 minutes, cuisson 20 minutes.

Ingrédients : 1 kg de pommes de terre à chair ferme, 1 œuf, 1 cuillère à soupe de farine (facultative), 1 gousse d'ail et un peu de persil plat (facultatifs), sel, poivre, saindoux ou mélange huile-beurre.

Éplucher les pommes de terre, les râper à la grille moyenne. Les verser au fur et à mesure dans un saladier, sans les rincer : l'amidon est un allié, pas un défaut.

Presser fermement la préparation dans un torchon propre, au-dessus d'un bol, pour extraire l'eau. Répéter jusqu'à ce que le torchon ne rende plus grand-chose. Laisser reposer l'eau recueillie deux minutes, éliminer le liquide clair, et récupérer le dépôt blanc d'amidon au fond pour le reverser dans le saladier.

Ajouter l'œuf, la farine si l'on en utilise, l'ail écrasé et le persil ciselé si l'on en met. Saler, poivrer, mélanger rapidement. Ne pas laisser reposer, la préparation noircirait.

Chauffer la matière grasse dans une poêle de 24 à 28 cm jusqu'à ce qu'elle grésille. Verser la préparation, étaler à la spatule sur environ un centimètre, tasser légèrement. Cuire 8 minutes à feu moyen-vif sans y toucher.

Retourner à l'aide d'une assiette : glisser la galette dessus, poser la poêle à l'envers sur l'assiette, retourner l'ensemble. Ajouter un peu de matière grasse si nécessaire. Cuire 7 à 8 minutes de plus.

Servir immédiatement, dans la poêle si possible. Une râpée qui attend perd son croustillant en cinq minutes chrono.

Patranque à la tomme fraîche

Pour 4 personnes. Préparation 15 minutes, cuisson 20 minutes.

Ingrédients : 400 g de pain rassis, de préférence au seigle ou pain de campagne, 400 g de tomme fraîche, 80 g de beurre, 15 à 20 cl de lait, 1 gousse d'ail (facultative), sel, poivre.

Couper le pain en cubes d'environ 2 cm, croûte comprise si elle n'est pas trop dure. L'arroser du lait tiède, mélanger, laisser s'imbiber 10 minutes. Le pain doit être souple, pas gorgé. S'il a trop bu, presser légèrement.

Couper la tomme en fines lamelles ou la râper grossièrement. Sortie du réfrigérateur au moins trente minutes avant, elle fondra mieux.

Faire fondre le beurre dans une poêle large à feu moyen, frotter le fond avec l'ail coupé en deux si l'on en utilise. Verser le pain, l'écraser à la spatule, le faire revenir 8 à 10 minutes en le retournant pour qu'il dore par endroits.

Baisser le feu au minimum. Ajouter la tomme en trois fois, en travaillant énergiquement à la spatule en bois après chaque ajout. La masse doit devenir homogène et commencer à filer. Compter 5 à 8 minutes.

Saler avec précaution, la tomme apporte déjà du sel. Poivrer. Servir aussitôt, dans des assiettes chaudes.

Erreur fatale : incorporer le fromage sur feu vif. Il se sépare, rend son gras, et le plat est perdu. Feu doux, patience, spatule qui ne s'arrête pas.

Questions fréquentes sur la cuisine du Forez

Quelle différence entre râpée forézienne et crique ardéchoise ?

Techniquement, très peu. Les deux sont des galettes de pomme de terre crue râpée, cuites à la poêle. La différence est avant tout territoriale et culturelle : la crique appartient à l'identité ardéchoise, la râpée à l'identité forézienne et stéphanoise.

Quelques nuances existent dans les usages : la crique comporte très souvent ail et persil, la râpée les inclut de façon plus variable selon les familles. Certains font aussi la crique plus fine. Mais un cuisinier de chaque camp reconnaîtra sans peine le plat de l'autre.

La rissole est-elle sucrée ou salée ?

Les deux existent, mais la version sucrée est aujourd'hui largement dominante dans le Forez, en particulier aux poires et aux pommes. C'est celle qu'on trouve en boulangerie et sur les marchés.

La rissole salée, garnie de viande ou de restes de pot-au-feu, appartient plutôt à la tradition ancienne et se rencontre encore dans quelques familles. Si l'on commande une rissole quelque part dans la Loire sans autre précision, on recevra presque à coup sûr une version sucrée.

Peut-on remplacer la tomme fraîche dans la patranque ?

Honnêtement, mal. La tomme fraîche possède une propriété que peu de fromages partagent : elle file longuement sans se séparer, grâce à son caillé jeune et peu acidifié.

Les substituts approchants sont la tome de Savoie fraîche non affinée, difficile à trouver, ou à la rigueur une mozzarella très égouttée, qui file mais apporte un goût lactique très différent. Le résultat sera mangeable, pas forézien. Mieux vaut prévoir son achat que de bricoler.

Quels plats foréziens se préparent à l'avance ou se congèlent ?

Excellents à l'avance : le barboton et les potées, meilleurs réchauffés le lendemain. Le pâté aux pommes de terre se prépare le matin pour le soir, à condition de n'ajouter la crème qu'au dernier moment.

Congélation possible : les rissoles crues, façonnées, congelées sur plaque puis mises en sac, à enfourner sans décongélation en ajoutant cinq minutes de cuisson. C'est même la meilleure façon de faire, quand on en prépare une grande quantité.

À ne surtout pas anticiper : la râpée, qui doit être mangée dans la minute qui suit la poêle, et la patranque, qui ne se réchauffe pas correctement. Le fromage refroidi devient élastique et ne redevient jamais ce qu'il était.

Quel vin servir avec un repas 100 % forézien ?

Un côtes du Forez rouge, sans hésitation, pour rester dans la logique du terroir. Le gamay local, fruité et frais, servi autour de 14 degrés, tient l'ensemble du repas : charcuterie, plats de pomme de terre, viandes mijotées.

Pour l'entrée au sarasson ou pour les fromages frais, un rosé de côtes du Forez ou un blanc de la vallée de la Loire amont, vif et sec, fonctionne mieux.

Avec la fourme de Montbrison, deux voies s'ouvrent. La voie classique, un rouge souple et peu tannique. Ou la voie audacieuse, un blanc moelleux ou un vin doux naturel, qui joue sur le contraste sucre-sel et met en valeur la douceur particulière de ce bleu. À tester au moins une fois avant de trancher.

A lire aussi

Articles suggérés

Tous les articles